Une première artistique à la Société Théosophique de Genève : Karla Gomes etMarianne Teissier présentent « Joie de la Couleur – Couleurs de l’Âme »Vernissage le 28 mai 2026 à 18h00 dans le cadre d’USEV.
Depuis sa récente rénovation, le siège genevois de la Société Théosophique de Suisse est redevenu un point de rencontre dynamique pour les études et la réflexion. Si le lieu anime déjà le quartier avec ses cercles de recherche, sa riche bibliothèque ésotérique et ses conférences publiques, il franchit une nouvelle étape en accueillant sa toutepremière exposition d’art intitulée « Joie de la Couleur – Couleurs de l’Âme ».
Dans le cadre de la manifestation de quartier « Un Soir aux Eaux-Vives » (USEV), la Société a le plaisir de présenter les œuvres de Karla Gomes et Marianne Teissier du 28 mai au 28 juin 2026.
Contexte : Théosophie, Art et Histoire
Fondée en 1875, la Société Théosophique promeut depuis plus d’un siècle la fraternité universelle et le dialogue entre science et spiritualité. La pensée théosophique a joué un rôle crucial dans l’histoire de l’art moderne, influençant profondément des pionniers de l’abstraction tels que Vassily Kandinsky, Piet Mondrian et Hilma af Klint, qui voyaient dans l’art un moyen d’exprimer des vérités spirituelles invisibles. Le siège de Genève, actif depuis 1910 au 17 rue Ferdinand Hodler (scène historique du Congrès Mondial de 1936), se réaffirme aujourd’hui comme un laboratoire culturel, unissant l’héritage intellectuel de sa bibliothèque à l’expérience sensorielle de la couleur contemporaine.
Karla Gomes – « Joie de la Couleur »
Née à Rio de Janeiro en 1971, Karla Gomes a fait de la peinture sa compagne fidèle depuis l’enfance. Arrivée à Genève il y a 22 ans, cette passion s’est muée en une nécessité vitale. Sa méthode de travail, s’exprimant à travers des acryliques sur toile, est caractérisée par une spontanéité radicale : refusant l’usage du croquis préparatoire, elle se laisse guider exclusivement par la puissance de la couleur pour bâtir de véritables architectures chromatiques. Ses toiles opèrent une fusion fascinante entre des structures urbaines nettes et des gestuelles plus fluides, organiques ou spiralées.
Marianne Teissier – « Couleurs de l’Âme »
Née à Paris en 1973, Marianne Teissier a grandi à Genève avant de parcourir le monde puis revenir. Sa peinture résulte d’une volonté profonde de désidentification, un processus visant à s’affranchir des contours de la personnalité. Ses œuvres sont les reliques d’une relation longue et passionnelle entre l’être humain, la ligne et le pigment. Elles recherchent la convergence entre symboliques figuratives et abstraction pure, créant une sémiotique mystérieuse qui s’adresse directement à l’inconscient et à sa captation subliminale. D’abord dans une exploration de la quintessence des couleurs et de leurs émanations, puis de retour vers des paysages imaginaires, résidus de l’enfance cristallisés par une épaisse couche de résine.
Informations pratiques :
• Vernissage : Jeudi 28 mai 2026 à 18h00 (Entrée libre)
• Exposition : Du 28 mai au 28 juin 2026
• Lieu : Société Théosophique de Suisse, 17, rue Ferdinand Hodler, 1207 Genève
« […] La fondation officielle de la Section suisse date de 1910 : dans le local de la ST à Genève, on peut encore voir la charte du 1er décembre 1910, […] avec centre administratif à Genève ; sept loges (nombre requis pour la constitution d’une société nationale) sont mentionnées. […]
En novembre et décembre 1900, le Dr Th. Pascal, auteur d’ouvrages théosophiques […] donna à Genève deux conférences sur les enseignements principaux de la théosophie, ainsi que sur les rapports de la théosophie avec la science, les philosophies et les religions. […]
« Seules, quelques consciences isolées s’ouvrirent timidement à la nouvelle lumière, se groupèrent dans les salons si généreusement accueillants du comte et de la comtesse Prozor […]. » (Bulletin théosophique, oct. 1912, p. 2)
Il exista ainsi dès 1901 des loges genevoises, alors rattachées à la France. Le groupe théosophique de Genève organisa à plusieurs reprises des conférences publiques, par exemple en 1903. »
Concernant ces conférences, nous en trouvons les convocations dans le Journal de Genève de l’époque, dont les archives sont consultables en ligne. En voici deux exemples :
5 mars 1902 – « Théosophie – Vendredi soir, à huit heures et demie, sous les auspices du groupe théosophique de Genève, le comte Prozor fera une causerie sur « la Théosophie à travers les âges », qui sera suivie d’un entretien familier. Des réunions de ce genre auront lieu dorénavant le premier jeudi de chaque mois. – Entrée libre. »
4 mars 1903 – « Théosophie. – On nous prie d’annoncer pour aujourd’hui mercredi soir, à huit heures, la conférence que fera M. le comte Prozor, au casino de St-Pierre. M. Prozor ayant déjà parlé, l’an dernier, sur « la Théosophie à travers les âges », voudrait à présent répondre à la question : « Qu’est-ce que la théosophie que veulent les théosophes d’aujourd’hui et que pensent-ils ? » Cette question a été posée dès le début aux conférences mensuelles organisées par le groupe théosophique de Genève, mais on n’a pu encore donner une définition complète et judicieuse de la théosophie, faute d’en avoir, au préalable, analysé quelques principes essentiels. »
Cet entrefilet paru le 22 novembre 1915 dans le Journal de Genève nous indique l’adresse de la société : « 8h30. Cours public et gratuit au siège de la Société théosophique suisse, 3, cours des Bastions : Les lois fondamentales de la théosophie. »
Et le 22 octobre 1920, un article revient en quelques lignes sur les réunions de cette société organisée par la comtesse Prozor :
« Beaucoup de Genevois se souviennent d’une maison fort animée, où, il y a vingt ans, on faisait à la fois du théâtre et de la théosophie. C’était celle de la comtesse Prozor. Tandis que son mari, dont les fonctions de consul général de Russie comportaient assez de loisirs, et profitait pour traduire Ibsen […], elle s’occupait elle-même de répandre à Genève, qui l’ignorait jusque-là, la doctrine du Karma et de la réincarnation. Un jour les adeptes de ces croyances rencontraient dans son salon les fondateurs et les grands apôtres de la Société théosophique […]. »
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N’hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d’information ou toute autre question.
Greta Prozor, née le 3 janvier 1886 dans le 8e arrondissement de Paris1 et morte le 14 février 1978 à Genève est une comédienne, une professeur d’art dramatique et une traductrice du norvégien en français.
Biographie
Greta Prozor dans la pièce Maison de poupée d’ Henrik Ibsen, dessin de Paul-Charles DelarocheNora Sylvère et Greta Prozor dans La Terre est ronde d’Armand Salacrou (1943)
Greta Prozor est la fille du comte Maurice Prozor (1848-1928) 2, diplomate lithuanien au service de la Russie, ami et traducteur d’Ibsen, et de la comtesse suédoise Marthe-Elsa Bonde, cousine du roi de Suède. Le couple a trois enfants, Maurice, Greta3 et Elsa.
Son père a une propriété dans un quartier de Genève, Monchoisy4, ce qui explique que sa vie professionnelle se passe en bonne partie en Suisse.Très jeune elle se passionne pour le théâtre. Sur les conseils de Suzanne Desprès elle part à Paris pour se former. Son maître est Lugné-Poé. Elle débute à Nice puis joue à Paris et part en tournée en Europe. Ernest Fournier la met en relation avec Georges Pitoëff avec qui se développe une fructueuse collaboration. Elle joue les rôles principaux de plusieurs pièces que montent Lugné-Poé et Pitoëff. Un des plus marquants est celui d’Hedda Gabler d’Ibsen mais ses interprétations sont généralement appréciées par la critique. Elle joue tant à Paris (Théâtre Réja, Théâtre de l’Oeuvre) qu’à Genève avec la Comédie de Genève de Georges Pitoëff, en particulier durant la première guerre mondiale.
Greta se marie le 10 juin 19135 avec Walther Halvorsen, norvégien. Walther Halvorsen est un ancien élève, en 1909-1910, de l’Académie Matisse. Devenu marchand de tableaux, il est proche de ̥Matisse et des milieux artistiques et littéraires. Matisse peint des dessins et un grand portrait de Greta. Elle décrit la réalisation d’un dessin « Un jour, Matisse me demande de poser pour lui dans son atelier de Paris. Il voulait faire une grande toile, mais commença par des dessins, très nombreux. « Parlez », me disait-il, et il me posait des questions, sur le théâtre, évidemment. Moi, je parlais, avec force gestes. Soudain, il m’arrêtait d’un mouvement de la main, je m’immobilisais et le crayon commençait son travail sans que l’artiste s’arrête un instant. Quand le crayon s’immobilisait, le dessin était terminé. »6 La grande toile dont elle parle est exposée au Centre Pompidou7.
Greta est aussi une proche du poète Reverdy dont elle dit des poèmes. Max Jacob écrit « Mlle Greta Prozor la seule diseuse de vers à ma connaissance qui ait compris la dernière poésie moderne. Mlle Greta Prozor a compris ce qu’il y a de peu verbal dans la poésie moderne et particulièrement dans celles de Mr. Reverdy : elle a compris que cette poésie vient à la fois du tréfonds de nous-même et qu’elle est aussi très extériorisée mais plus par des objets qu’elle emploie (je le dis à dessein) que par les images et les mots dont elle pourrait s’orner et qu’elle dédaigne8. »
Walther Halvorsen et Greta Prozor divorcent quelques années après leur mariage. Greta se remarie le 15 janvier 19249 avec Augustin Currat, peintre, qu’elle a rencontré en 1922 lors du tournage du film La croix du Cervin de Jacques Béranger dans lequel elle joue un des deux rôles principaux.
1913, Thérèse Raquin, d’Emile Zola, Palais d’hiver de Pau Le cœur des autres
1915Hedda Gabler, d’Henrik Ibsen, drame en 4 actes, trad. du Comte Prozor, Genève, 1915, Comédie de Genève, mise en scène Georges Pitoëff, avec Greta Prozor dans le rôle d’Hedda Gabler et Georges Pitoëff dans le rôle de Loëvborg.
1921La souriante Madame Beudet , tragi-comédie en 2 actes, de Denys Amiel et André Obey, représentée pour la première fois au Nouveau-Théatre, le 16 avril 1921, rôle de Mme Beudet13
1928Les revenants, d’ Henrik Ibsen, trad. du Comte Prozor, drame en 3 actes, Paris, 1928, Théâtre des Mathurins, mise en scène Georges Pitoëff, avec Greta Prozor dans le rôle d’Hélène Alving
↑ Isabelle Monod-Fontaine, « Portrait de Greta Prozor [archive] », sur centrepompidou.fr, 2007 [Extrait du catalogue Œuvres de Matisse, catalogue établi par Isabelle Monod-Fontaine, Anne Baldassari et Claude Laugier, Paris, Éditions du Centre Pompidou, 1989]
↑ Extrait du catalogue Collection art moderne – La collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, sous la direction de Brigitte Leal, Paris, Centre Pompidou, 2007
↑Portrait de Greta Prozor, fin 1916, huile sur toile 146 x 96 cm. Dominique Fourcade consacre un article à ce tableau et à Greta Prozor : Greta Prozor d’Henri Matisse , in Cahiers du Musée national d’art moderne, n° 11, pp. 101-107, Paris, Centre Georges Pompidou, 1983